Quand on part dans les Aiguilles Rouges et qu’il fait beau, on a souvent l'impression de feuilleter un magazine de montagne. Mais
y'a pas de pub ! Ni de pages à tourner ! Alors finalement… on trouve ça vraiment beau ! Surtout quand on s'est passé de la benne. En bas sur le petit parking, y’a des
Boulots. A travers leurs feuilles on aperçoit l'immense Aiguille du Midi en levant la tête… ça casse les cervicales ! Et dans la forêt sur le flanc raide de la montagne, on entend
les bagnoles… ça casse les oreilles ! Alors on a hâte de s’élever pour contempler le paysage tranquillement. Le sac est lourd et les pas se font petits. Mais le rythme est bon et nous ne
doutons pas un instant du bonheur qu’on ressentira au bivouac ce soir.
Le lendemain après avoir grimpé quelques longueurs, nous observons la foule montée en benne pour profiter de la vue. La notre
nous semble bien plus belle… Puis la montagne se vide et la lumière se fait rasante : plus personne n’est là pour en profiter. Si ! Au col nous saluons une petite famille équipée pour
le bivouac au bord des lacs. Le notre se fera sur un balcon herbeux combinant soleil du soir et vue sur la grosse meringue blanche qu’est le Mont Blanc. Bientôt les étoiles brillent et elles sont
bien plus que 3 !
Pas un obstacle n'est évité, qu'il soit rocheux ou liquide : nous vaincrons Maurice ;-) Et demain nous attaquerons une escalade hyper classique des Aiguilles Rouges non loin du bivouac,
après avoir caché nos affaires. La grimpe en grosse est facile sur ce rocher venu des profondeurs. Dièdres, dalles, murs fissurés et arêtes aériennes s’enchaînent dans un décor de cinéma pour le
plus grand plaisir des grimpeurs. Grande classe !
Le vent et quelques gouttes de pluie nous chassent de notre terrasse de pic-nic et nous rappellent qu’ici c’est pas la plage. Les
sacs récupérés nous reprenons l’itinéraire de notre périple. Quelques randonneurs courent encore après la dernière benne, pas nous. On s’arrête prendre un chocolat chaud en passant au
refuge : ça vaut pas le chocolata calda italien (souvenirs de Jervis, refuge du merveilleux Val Pellice, non loin du Viso) mais y’a la dose qui convient pour les gourmands que nous
sommes ! Dernier bivouac "made in Aiguilles Rouges" en contre-bas du refuge : une bande impressionnante de bouquetins mâles nous fait le cinéma sur fond d’Aiguilles de Chamonix.
Et petite pensée pour Pat' et Noem' qui y bivouaquent en ce moment : c’est bouché et les quelques gouttes de toute à l’heure
ont dû bien les tremper ! Et les bouquetins s'en moquent !
Réveil en douceur avec le soleil… re-petite pensée pour Pat' et Noem' !
Le programme d’aujourd’hui, après un levé en douceur, est de descendre à travers les quelques myrtilles puis
de remonter en face après avoir fait un bon ravito : soupes, pâtes, fromages et graines les plus énergétiques possibles alourdissent de nouveau le sac. On prend le télésiège ou on remonte à
pied cette longue moraine plein cagnard ? Choix 1 : le télésiège ! Le sentier en balcon est splendide et nous sommes
bientôt rendus au-delà de la moraine, sur le lieu de bivouac.
Le téléphone portable est ressorti pour prendre des nouvelles du bivouac humide des potes : «
Et ben c’est la série mon vieux, comme aux Bans avec toi ! » annonce le Pat’bol. La météo de cet été 2011 réserve décidément des surprises : la semaine d’avant nous bivouaquions
déjà sous la neige et aujourd’hui le voilà de nouveau dans l’humidité… Si aujourd’hui il fait beau, un front est déjà annoncé dès la fin de matinée suivante, alors pour profiter de la journée de
demain… réveil à 3h ! Après quelques ponts de neige évités dans l’obscurité de cette fin de nuit, nous
arrivons en Suisse accueilli par un vent glacial et un beau petit front arrivant d’ouest.
On a le temps de gravir de beaux feuillets de granit flamboyant et
d'admirer l'Aiguille du Tour avant de récupérer les sacs.
Nous basculons alors côté bassin de Saleina à la recherche de notre bivouac (en dur cette fois) sous un petit crachin. Le retrait
glaciaire ne facilite pas notre progression et nous laissons des forces dans les éboulis et blocs rendus bien instables par la pluie : c’est dans ces moments qu’on se sent bien seuls. Alors
quand nous découvrons ce bivouac douillet, c’est la fête ! Mais avant d’entrer : brosse tes pompes, lave tes fringues et ta frimousse, fait un tour aux WC avec vue sur l’Aiguille
d’Argentière, salut les bonhommes de pierres et offre une acrobatie aux Dieux de Saleina !
Ensuite, ce bivouac c’est que du délire à 2980m d'altitude ! Tôt le matin le soleil dore les aiguilles et notamment la classique arête Sud de l'Aiguille
Sans Nom dont on redescend en faisant un très joli bout d'arête avant de plonger en 4 rappels sur le glacier de Trient.
Cerise sur le gateau, les potes amènent l'apéro ! Et on a besoin de forces pour aller grimper. Ce petit coin sauvage regorge de voies d'escalade bien exposées au
soleil et pour tous les niveaux dans le joli décor du bassin de Saleina dominé par la face nord de l'Aiguille d'Argentière et l'arête Forbes du Chardonnet. Et derrière la fenêtre à Suzanne se
cache, haut perché, un dièdre de 35m d'une beauté à couper le souffle.
Nous descendons ensuite côté suisse. C'est l'occasion de découvrir la vallée et la cabane de Saleina que nous ne connaissons pas. Accueil vraiment sympa
à Saleina de la part des bénévoles qui y commencent leur semaine de garde. Le change Euros-FS l'est moins... Mais on nous propose super gentillement de nous
conduire à La Fouly dès le parking de la prise d'eau. Le Val Ferret suisse est "tip-top" : alpages bien tondus, mélèzes appaisants, chalets suisses de milliardaires... Les sacs de nouveau
chargés de nourriture nous bivouaquons au départ du sentier pour le Petit Col Ferret que nous atteindrons sous un grain à la mi-journée : "rdv au refuge Elena pour un chocolata calda !" Une
misère ce chocolat chaud : 3,50e la micro-tasse de chocolat sans goût. L'hotel aussi est une misère : l'accueil fait penser aux supermarchés... Dehors c'est la plage : tout le monde s'enduit
grassement de crème solaire. On file au refuge Dalmazzi ! La-haut l'accueil est tout autre dans ce petit refuge perché au-dessus d'une haute barre rocheuse qui se franchit lentement à l'aide des
cordes et des barreaux. Le risotto y sera excellent tout comme l'anti-pasti, la grappa et l'ambiance grimpe : à l'intérieur est décoré avec de belles photos encadrées et les topos des
voies du coin. Ici, pas de réveil trop matinal sauf pour ceux qui envisagent "Les Chamois volants" ou "Kermesse folk" : 750m de grimpe et 750m de rappel dans un terrain pas vraiment
propice, une longue bavante en somme ! Le soleil chauffe les voies pas avant 9h et le matin on profite de la vue depuis les couchettes avant de dévorer le pti dej et "Profumo
prohibito" attaqué depuis "Vento polar". Julie grimpe en tête car l'équipement lui donne confiance tout en lui laissant le loisir de rajouter des protections : elle s’éclate ! Au sommet c’est
l’heure de la contemplation : la voie sort au sommet de la pointe centrale 3327 des Monts Rouge de Triolet. Les parapentistes s’en donne à cœur joie depuis tout à l’heure, ils sont
maintenant vers l’arête de Tronchey aux Grandes Jorasses… écoeurants de facilité !
Retour au refuge, grande bière, adieux et descente au bivouac dans les myrtilles au pied de « Vénus » que nous
grimpons le lendemain : voie très belle à recommander qui clôt notre session Dalmazzi.
A Arnouva, dans le Val Ferret italien nous trouvons enfin le réconfort d'un chocolata calda digne de ce nom avant
d'arriver sous la pluie dans un pti camping... à douche chaude ! Et désormais il s'agit de s'organiser pour aller du côté des Aiguilles Grises tout au fond du Val Veny et du glacier du Miage,
voir si le Monte Bianco ne se laisserai pas approcher après cette révérence commencée dans les Aiguilles Rouges... Courmayeur est notre camp de base le temps d'une soirée, mais si l'ambiance est
plus détendue qu'à Chamonix, les prix sont carrément prohibitifs ! Nous laissons nos affaires inutiles pour le Mont Blanc à l'hotel et prennons la navette du Val Veny en compagnie de nombreux
randonneurs venus du monde entier. Bientôt nous ressentons la puissance des montagnes : le Mont Blanc nous domine de plus de 3000m, la vallée est profonde et la moraine est immense. Tout au
fond du tas de cailloux qu'est désormais le glacier du Miage, en haut d'une barre rocheuse, on distingue tout petit le refuge Gonella.
L'ambiance est bien himalayenne ici. En 5h30 de marche nous croisons 5-6 alpinistes qui redescendent et 1 cristallier qui joue
du marteau. On se sent au bout du monde. En arrivant à Gonella, ce refuge refait à neuf cette année (quel confort !), c'est l'enthousiasme : la vue s'ouvre sur le glacier vers le Piton des
Italiens et l'Eperon de la Tournette ! Davide, le gardien, nous donne immédiatement les précieux conseils pour éviter les pièges du glacier demain. Et avec Julie et Nando, guide à Ollomont, nous
allons repérer joyeusement ce fameux glacier crevassé. Levé à Minuit, départ à 1h, la nuit sera longue et noire ! Après avoir serpenté dans les crevasses et traversé des pentes de glaces pas
belles du tout nous atteignons le Piton des Italiens dans l'obscurité totale des nuits de cette fin août. Ce n'est qu'après avoir franchi l'arête vertigineuse que le jour se lève peu à peu.
Au-dessus les 1ères frontales des cordées du Goûter sont déjà aux bosses ! Nous marchons lentement mais la forme est là et après une halte à Vallot nous rejoignons émus le sommet en profitant de
cette belle arête des Bosses. Au sommet le vent est toujours soutenu mais nous laisse profiter : l'ambiance est "haute-altitude" avec ce nuage lissé par le vent côté français. Nous réalisons
qu'après avoir fait tout ce chemin autours du massif, nous sommes sur la meringue ! C'est trop bon !
Nous redescendons par le Goûter en reconstruction et le pti train du Nid d'Aigle qui nous accueillera avec une douceur infiniment plus grande que la benne de
l'Aiguille. Se termine ainsi une très belle boucle.
La voie des Aiguilles grises et Bionnassay vue de haut et pti dej à Aoste pour rassasier nos estomacs gourmands !